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19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 11:29

Pour faire un film sur un club de jazz âgé de 60 ans, je devais le comprendre, le connaître. J'ai fait de nombreuses recherches pour tenter de trouver des archives souvent éparpillées. Dans les années 50, on ne pensait pas à conserver, on faisait. Heureusement, certains ont le soucis de ne pas vouloir être oublié. Raoul Bruckert a découpé les articles de presse au fur et à mesure des époques, concerts passés au Hot Club, interview, photos etc... Il les a rassemblé dans 3 gros classeurs soigneusement gardé par son fils, Frédéric. Il m'a permit de les consulter mais sur place c'est-à-dire dans l'atelier de soierie (malheurement fermé aujourd'hui). Ce qui va suivre est le relevé des archives d'un homme d'exeption, grande figure lyonnaise, dont beaucoup ont été fasciné par son talent de musicien mais aussi de peintre.

 

quartet des BôzartsLe quartet des Bôzarts : 1er quartet de Raoul Bruckert en 1948 à l'Opéra de Lyon
Raoul Bruckert (saxophone ténor), Jean Loup (batterie),
Gilbert Armand (contrebasse) et Janoir (guitare)

 

Biographie musicale

 

Raoul Bruckert commença à apprendre la clarinette en 1944, il avait 14ans. Son professeur se nommait M. Delbeck originaire de Mâcon. Obtenant de rapides résultats, son professeur décide de le présenter en public dans un concert avec l’Harmonie municipale de Mâcon. Il joua ce jour-ci l’Andante du concerto de Mozart et « Le Cygne » de Saint-Saëns.

Il a par la suite tenté de faire une carrière musicale, musique classique. Il prépara le concours d’entrée du conservatoire mais suite à des problèmes dentaires il ne pût s’y présenter. Découragé, il laisse tout tomber et s’inscrit à l’école des Beaux-Arts de Lyon car il est aussi très doué pour le dessin.

En 1946, il s’inscrit au Hot Club et commence à fréquenter le milieu du jazz. En 1948, « l’Orchestre Mathias » remporte le tournoi des amateurs organisé par le Hot Club Lyonnais. L’orchestre jouait dans le style « New-Orleans » : Mathias et Bruckert, Massacrier (piano), J-P Caillot (guitare), et Jean Loup (batterie). Puis en Février 1948, peu de temps après le tournoi, Raoul B, tenta de mettre en place une formation personnelle avec ses amis Jean Janoir et Jean Loup avec un ami de Loup, Gilbert Armand, et aussi Massacrier au piano. C’est la première formation de Raoul Bruckert, le quintette du Hot Club de Lyon. Puis en 1949, à la demande de Jean Loup Albert Ravouna rentre dans la formation en tant que pianiste.

Lyon-Spectacles n°34-35-Henri Thibaud.

 

Début du Hot Club de Lyon : son amitié avec Janoir 

  

-Janoir ? Il s’agit, sans doute, de Jean Janoir qui sera plus tard le guitariste de votre quintette. Vous le connaissiez déjà ?

-Oui. C’était un de mes amis de Mâcon. Nous répétions ensemble, lui à la guitare et moi à la clarinette, puis nous sommes entrés ensemble aux Beaux-Arts et, très vite, nous sommes devenus des amis inséparables. Nous mangions à la M.E.C., où il y avait un piano sur lequel je m’amusais à jouer. Et c’est un peu à cause de ce piano que Janoir et moi avons eu envie de former un petit orchestre de jazz, à la M.E.C.

Bruckert  placarda à la M.E.C. une affiche demandant des musiciens de jazz. Il obtint plusieurs réponses : un violoniste, un pianiste, un guitariste indochinois et…un violoncelliste, à qui Bruckert demanda de jouer sur son instrument comme sur une basse. Avec, en plus, Janoir, guitariste et Bruckert, clarinettiste, voici la composition du premier orchestre Bruckert. 

 

A cette époque-là, ils se sont même essayer à enregistrer des disques en janvier 1947 : MEC’S BLUES. « On entend des soli de guitare par Janoir et d’autres par Brukert. Son style était alors dans la ligne New-Orléans ».
Ils ont joué au bal de la M.E.C. avec un jeune trompettiste amateur du nom de Freddy Mathias. Ils continueront de jouer ensemble pour former plus tard un autre orchestre dirigé par Mathias (trompette) : Bruckert (clarinette), Massacrier (piano), Janoir et Vincent (guitare). Puis Janoir fut remplacé par Barthélémy, autre camarade des Beaux-Arts. Mais Bruckert et Janoir continuèrent à jouer ensemble.

Lyon Spectacles n°36 (auteur inconnu, si il se reconnaît qu'il se manifeste, j'ajouterai son nom).

 

Son attachement au Hot Club de Lyon

 

-A quel moment avez-vous acheté votre saxo-ténor ?

-C’est en mai 1948, alors que j’avais trouvé un engagement dans une boîte de Mâcon : le Sporting-Club, où je jouais avec ma formation qui fut bientôt augmentée d’un trompettiste et d’un saxo-alto, tous deux Mâconnais. (…)

-En octobre 1948, votre quintette se retrouve à Lyon, et…

-Notre quintette, qui en dépit de tous nos efforts, était le plus souvent un quartette, puisque nous cherchions encore le pianiste idéal, cet oiseau rare qui semblait bien être introuvable. Seul, Ravouna devint un ami et il est maintenant lié à notre orchestre comme si il avait débuté avec nous… C’est au Hot Club de Lyon que nous l’avons rencontré, début 1949. C’est en somme au Hot Club de Lyon que nous devons notre pianiste. Nous lui devons d’ailleurs beaucoup plus.

-Vous avez joué régulièrement aux réunions du HCL depuis sa réouverture, en décembre 1948, je crois ?

-Oui, je comptais plusieurs amis personnels parmi les organisateurs, en particulier Henri Gauthier et Henri Devay et nous avons décidé de nous épauler mutuellement. C’est ainsi que nous avons assuré le lancement et le succès du H.C.L. en jouant régulièrement à ses réunions, tandis que, de son côté, le Hot Club lançait notre quintette en nous faisant connaître du public et en nous procurant des cachets. Et cela par simple esprit de camaraderie.

-Et ces derniers temps, les liens entre le Hot Club de Lyon se sont encore resserrés, puisque vous faites désormais partie du bureau de ce club ?


Bruckert me parle encore longuement du Hot-Club de Lyon et de ses organisateurs pour qui il semble éprouver une grande sympathie. Il les critique, leurs défauts, leurs qualités. Et il se critique lui-même. J’écoute avec le plus grand intérêt ; c’est si rare d’entendre un musicien faire son auto-critique. Puis il en vient à me parler du public. Il m’avoue être souvent gêné par cette conception, assez curieuse, des amateurs de jazz - qui suivent en cela les plus grands critiques – et qui consiste à juger les musiciens débutants d’après les grands solistes renommés.


-On dit d’un tel qu’il s’inspire fortement de tel ou tel grand musicien. Regardez les jugements de la critique : dès qu’un musicien essaye de créer du neuf, on dit qu’il n’est plus jazz ou que son jeu ne convient pas à son instrument.

-Heureusement, les musiciens entre eux savent mieux reconnaître les valeurs. Prenez le cas de Lester Young : il était encore éreinté par la critique que, déjà, il faisait école ; il en est de même actuellement pour James Moody. Mais j’aimerai maintenant que vous me parliez de vos concerts. Salle Rameau, avec Bill Coleman et Byas, et à l’Opéra avec Bechet et Miles Davis, car ce sont ces trois grands concerts qui ont achever de vous lancer.

-Ils étaient tous organisés par le Hot-Club de Lyon et c’est grâce à ce Club que nous avons pu y prendre part. Ces concerts étaient très dangereux pour nous, car le public attendait les vedettes et nous n’étions pas toujours très bien accueilli par tous.

-Voudriez-vous me dire quelques mots sur les musiciens qui composaient alors votre quintette ?

-Eh bien, notre qualité principale était de faire vraiment corps entre nous. Cette homogénéité, nous la devions à une rythmique solide qui reposait surtout sur Gilbert et sur Loup, car à eux deux ils faisaient parfaitement équipe, Jean Loup pour le tempo, Gilbert pour les harmonies. Ravouna, excellent pianiste d’orchestre, apportait son dynamisme, et Janoir, lui, savait s’effacer dans la rythmique et swinguer sans chercher à jouer les vedettes. Je tiens à ce que vous disiez que le quintette était à mon nom parce que j’en constituais l’élément mélodique, mais qu’il aurait pu être au nom de n’importe lequel des copains, car nous faisions une équipe.

-Equipe qui fut malheureusement détruite par le départ aux armées de Gilbert et de Janoir. Vous avez dû, alors, avoir bien des inquiétudes pour l’existence de votre formation ?

-Oui, nous avons cru que tout était fini. Et, de fait, pendant deux mois, ce fut la pagaille. Nous jouions en trio, Loup, Ravouna et moi. Puis sur les conseils de Loup, nous avons pris avec nous le guitariste J.-P. Caillot. Et peu après, le trompettiste Jean Pina, également amené par Loup, se joignit à nous.

-Quelques mots, s’il vous plaît, sur ces nouveaux éléments ?

-Jean-Paul Caillot est un excellent soliste, il prend de très bon chorus, mais il gagnerait à se débarrasser de ces clichés un peu enfantins qu’il affectionne.

-Oui. Genre « J’ai du bon tabac ».

-C’est çà. Ces derniers temps, il est en net progrès. (…)

-Et vos projets, quels sont-ils ?

-D’abord, mettre notre formation actuelle bien au point. C’est-à-dire, travailler beaucoup, et peut-être bien y rajouter des éléments. Mon rêve serait de grouper une grande formation…Grande formation, entendons-nous bien : il ne s’agit pas d’un orchestre d’une quinzaine de musiciens ; ce serait mon rêve, mais je ne crois pas que cela puisse être réalisé à Lyon. Non… Ce à quoi je songe sérieusement, c’est un orchestre bien complet, avec trompette, trombone, ténor et rythmique, ou bien trompette, ténor et baryton. Mais ce ne sont là, pour le moment, que des projets d’avenir et les projets, bien souvent, vous savez… Pourtant, j’espère parvenir à grouper un orchestre plus important. Une chose est certaine en tous cas, c’est que, dans l’avenir, je m’intéresserai de plus en plus à l’arrangement orchestral. (…)   

Lyon-Spectacles  n°37-38-39-40 (auteur inconnu, si il se reconnaît qu'il se manifeste, j'ajouterai son nom).

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Emilie Souillot - dans Le jazz - ses histoires
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James Darlays 15/07/2012 13:44


EXCELLENTS SOUVENIRS SUR CET AMI QU°ETAIT RAOUL BRUCKERT  / IL Y A BIEN D°AUTRES ANECDOTES EGALEMENT / PAR EXEMPLE CETTE SOIREE MEMORABLE OU JEAN CHARLES EST ALLE AVEC MOI CHERCHER OSCAR
PERTERSON FINISSANT AU THEATRE DE VILLEURBANNE, ANNEES 70, ET LE RAMENANT VERS RAOUL RUE DE L°ARBRE SEC AU HOT CLUB. JEAN CHARLES A ENTAME TRES VITE UN TITRE D°OSCAR AU PIANO ET... CE QUI ETAIT
PREVU ARRIVA. LES ENORMES DOIGTS DE PETERSON ONT PRIS LE RELAIS (JE ME DEMANDAIS COMMENT ILS PASSAIENT ENTRE LES TOUCHES AUSSI VITE) ET TOUT S°ENCHAINA TRES VITE DEVANT UN PUBLIC SURPRIS ET
ADMIRATIF. IL Y EUT AUSSI LES CONCERTS MEMORABLES AVEC LE TROMPETTISTE AMERICAIN , UN PEU AVANT, ANTONY EARL.

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Ce premier film de la collection Histoire(s) de Jazz est consacré au Hot Club de Lyon, fondé il y a plus de 60 ans. Réalisé et monté par Emilie Souillot en 2010, il dure 52 minutes.

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"C'est seulement lorsque l'homme blanc aura détruit la forêt entière, lorsqu'il aura tué tous les poissons et tous les animaux et aura asséché toutes les rivières qu'il s'apercevra que personne ne peut manger l'argent." Raoni, chef de la tribu des Kayapos.

Malgré tous les efforts de Raoni et du soutien de tous, rien n'empêchera la construction du barrage Belo Monte en Amazonie Brésilienne, le 3ème plus gros au monde, qui va tuer plusieurs espèces animales, continuer d'abîmer la forêt amazonienne et faire déplacer des milliers de populations indigènes qui savent encore vivre avec la nature et sans avoir besoin d'argent. Le 1er juin 2011, le feu vert a été donné pour sa construction mais on peut encore faire quelque chose, continuer d'encourager tous les efforts de ces peuples qui ne veulent pas perdre leur tradition, qui veulent vivre en harmonie avec la nature encore longtemps. Signez la pétition, afin que nos idées et nos soutiens puissent encore vouloir dire quelque chose dans un monde qui devient sourd.

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