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12 mars 2010 5 12 /03 /mars /2010 11:50

Chet Baker (1929-1988) trompettiste, bugliste, chanteur et compositeur américain.

De Chet Baker à Roger Guérin...

 

L’histoire commence, il y a cinq ans lorsque je découvris le fameux trompettiste Chet Baker (1929-1988). Son interprétation de « My Funny Valentine », légère et sensuelle, tel un chuchotement au creux de l’oreille me donne ma première « claque » de jazz. Vous pouvez l'écouter ci-dessous. Depuis lors, je parcours l’Histoire de cette musique, en essayant de la comprendre, de la tenir entre mes mains même si je sais qu’elle m’échappera toujours.

 

Alors voici que je rencontre Roger Guérin, fameux trompettiste qui a joué avec « tout le monde ». « Tout le monde » dans le jazz veut dire les plus grands jazzmen : de Dizzie Gillespie, en passant par Kenny Clarke, Django Reinhardt, Claude Nougaro etc. De fil en aiguille, de connaissances en connaissances, je me rapproche des caves de jazz. On me fait  connaître Le Hot Club, célèbre club de jazz lyonnais, qui a fêté en 2008 ses 60 ans d’existence et d’histoires. Je décide de faire un documentaire.

Roger Guérin, trompettiste

... et de Roger Guérin au Hot Club de Lyon

Et me voilà partie à la rencontre des anciens, qui étaient aux balbutiements du lieu : Jean Janoir, Jean-Louis Billoud, Jean-Charles Demichel. Et je remonte l’Histoire en décelant les petites anecdotes du club afin que la mémoire ne se perde pas. Afin que tous ceux qui ont participé à faire vivre et continuer ce lieu demeurent à jamais dans le regard et les oreilles de toutes personnes du monde futur. Je vais tenter d’expliquer ma démarche et mon processus de création qui permettra de comprendre mon rapport au film. J’ai tenu un journal de bord tout au long de mes recherches ce qui m’a permis de garder une certaine continuité dans mon travail de réflexion. En faisant ce documentaire, j’ai mené une vraie enquête. Je suis allée rendre visite à ceux qui ont participé à faire vivre ce lieu, j’ai consulté les archives de Monsieur Raoul Bruckert qui depuis plusieurs années avait pris le soin de rassembler tous les articles de presse concernant le Hot Club. Suite à mes recherches, toutes les histoires qu’on me racontait paraissaient tantôt exactes ou tantôt déformées, comme si le temps construisait le mythe. Certaines se recoupaient et racontaient la même chose, ce qui devenait intéressant pour mon documentaire puisque à un moment donné j’ai intégré la même histoire racontée différemment par deux personnages. Toutes mes recherches avant le tournage m’ont permis de construire un certain ordre chronologique qui était primordial pour la compréhension de l’Histoire du lieu. Plus je cherchais à comprendre la vérité sur le lieu par les articles de presse et les témoignages émis, et plus je m’en éloignais étrangement.
Histoire(s) de Jazz : Le Hot Club de Lyon (film réalisé par Emilie Souillot, 2009)
C’est alors que je compris qu’il n’y avait pas de vérité. Chacune des personnes interrogées m’a racontée son histoire, sa version et donc sa vérité. Le montage allait devenir l’une des phases les plus importantes à la réalisation du film. Le lieu n’étant pas racontable chronologiquement, il me fallut user d’autres moyens pour réussir à raconter une histoire. J’entrepris donc plusieurs façons de raconter des histoires. Lors des interviews, j’avais remarqué que lorsque je leur demandais de me dater certains événements ils ne pouvaient pas me répondre de manière spontanée. Ils se mettaient à chercher et me donnaient une date approximative. Le temps avait passé et la mémoire s’estompait. L’utilisation du montage alterné entre Jean Janoir et Jean-Charles Demichel propose une réflexion sur la mémoire oubliée. Suite à la question posée sur les différents lieux du Hot Club, ils m’énoncent tour à tour des noms de rues, balbutient, cherchent, se mélangent, ne trouvent pas etc. C’est un documentaire qui témoigne du temps qui passe et qui montre comment on peut oublier des événements ou des personnes (comme le passage au début du film lorsqu’on entend parler de ce Georges Michel dont personne ne se souvient, ou encore le passage où je leur avais demandé si Boris Vian serait venu au Hot Club). En créant un montage alterné, j’ai accentué cette perte de mémoire due au temps. J’ai voulu également montrer le fait qu’une même histoire racontée par plusieurs personnes différentes se déforme prend une autre consistance.

Affiche du film Histoire (s) de Jazz, Le Hot Club de Lyon d'Emilie Souillot

Ce documentaire ne cesse d’aborder la question de la mémoire confrontée au souvenir. Les histoires, à cause du temps qui passe, se déforment de manière presque instinctive. Les légendes peuvent naître. Pensons à celle de Boris Vian qui serait venu au Hot Club. Tout le monde en parle mais personne ne l’a vu. Dans la séquence où je leur demande si Boris Vian est venu au Hot Club, personne ne me le confirme. La réplique de Jean Janoir est parfaite : « Vous savez, c’est toujours pareil, dès qu’un type est connu, on essaie de le placer un peu partout, çà fait bien. ». C’est dit. Le ton est donné. Où est la vérité ? Quelle vérité ? Ne serait-ce pas des vérités propres à chacun ? On construit tous sa propre vérité surtout autour d’un lieu qui fut le cœur de nombreux échanges et rencontres, donc d’histoires. Développer des réflexions autour de l’écoute m’a paru une évidence. J’ai donc proposé que l’on écoute un disque vinyle avec Jean-Louis Billoud, l’un des anciens présidents du Hot Club. Nous l’avons passé dans la platine et nous nous sommes assis. Ce disque compte beaucoup pour lui, puisque c’est l’un de ceux qu’il a enregistré avec son groupe nommé Equinox Jazz Group. Au moment de l’écoute, la caméra se fige sur lui comme pour pénétrer à l’intérieur de sa propre interprétation de la musique. Il revit le morceau. Nous sentons les souvenirs passer en lui. La caméra inscrit ses instants sur bande. Nous pourrons les visionner et les re-visionner à notre guise et peut-être entrer dans une autre manière d’écouter que la nôtre. Le jazz représente l’instantané et il vient se différencier des autres arts comme la photographie, le cinéma ou la peinture. Il est difficile de le figer. Il est comme un nuage de fumée qui paraît opaque au début et s’estompe par la suite.

Voir des extraits du film Histoire(s) de Jazz : Le Hot Club de Lyon

Photographie Chet Baker : William Claxton

Photographie Roger Guérin : J-M Boissel

Conception graphique de l'affiche : Jérémy Zucchi

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commentaires

Jérémy Zucchi 28/04/2009 22:35

Tu aurais pris Chet Baker en photo, évidemment! lol Je suis vraiment une cruche en jazz!... :-) Une chose utile, c'est de rajouter une petite bulle quand on passe la souris avec une légende à l'image, ça évite que des cruches comme moi tombent les deux anses (ben oui, c'est des cruches) dans le panneau (et bling elles se brisent, et leur non-cerveau se répand partout en morceaux)! :-) Bon, suffit la métaphore filée des cruches, faut que j'aille dormir un peu car je dis n'importe quoi... Pas n'importe quoi: les petites légendes en bulle permettent d'améliorer le référencement, hé hé! (encore un peu de cerveau quand même, hein?) :-)

Jérémy Zucchi 28/04/2009 09:58

Ah, le premier article tant attendu! ;-) On a hâte de voir ton film! Est-ce que c'est toi qui a fait ces photos? Celle du trompettiste assis est très belle! A bientôt! :-)

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  • : Histoire(s) de Jazz - Emilie Souillot, réalisatrice
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  • : Le blog de la collection "Histoire(s) de Jazz", films documentaires réalisés par Emilie Souillot. Le premier est dédié au Hot Club de Lyon, et le second sera consacré au trompettiste Roger Guérin.
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  • Réalisatrice de films documentaires qui ont pour sujet la transmission, la mémoire et la musique.
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DVD du film Histoire (s) de Jazz, Le Hot Club de Lyon d'Emilie Souillot
C’est une histoire d’amour, c’est une histoire de jazz...
Racontée, jouée, belle et vivante...

Ce premier film de la collection Histoire(s) de Jazz est consacré au Hot Club de Lyon, fondé il y a plus de 60 ans. Réalisé et monté par Emilie Souillot en 2010, il dure 52 minutes.

Découvrez-le ici

NOn au barrage Belo Monte

"C'est seulement lorsque l'homme blanc aura détruit la forêt entière, lorsqu'il aura tué tous les poissons et tous les animaux et aura asséché toutes les rivières qu'il s'apercevra que personne ne peut manger l'argent." Raoni, chef de la tribu des Kayapos.

Malgré tous les efforts de Raoni et du soutien de tous, rien n'empêchera la construction du barrage Belo Monte en Amazonie Brésilienne, le 3ème plus gros au monde, qui va tuer plusieurs espèces animales, continuer d'abîmer la forêt amazonienne et faire déplacer des milliers de populations indigènes qui savent encore vivre avec la nature et sans avoir besoin d'argent. Le 1er juin 2011, le feu vert a été donné pour sa construction mais on peut encore faire quelque chose, continuer d'encourager tous les efforts de ces peuples qui ne veulent pas perdre leur tradition, qui veulent vivre en harmonie avec la nature encore longtemps. Signez la pétition, afin que nos idées et nos soutiens puissent encore vouloir dire quelque chose dans un monde qui devient sourd.

Signer la pétition contre le projet Belo Monte

Pour la lire c'est ici

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...vous trouverez des éléments sur mes films (articles, photos, archives, mes trouvailles...) et des éléments sur le jazz. Ce sera l'occasion aussi de parler cinéma et surtout de court-métrage afin d'encourager ce format oublié des salle.

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Graphisme par Jérémy Zucchi, visitez son site